Aujourd'hui c'est le 25 mai. En France, ça ne dit rien à personne. En Argentine, c'est notre fête nationale. C'est le jour où, en 1810, des hommes ont décidé qu'ils ne voulaient plus que des gens de l'autre côté de l'océan leur disent quoi faire. Le premier pas vers la liberté.
Je suis né à Tucumán et j'ai grandi avec cette date dans le sang. Chaque 25 mai, où que je sois — Buenos Aires ou Nantes — il y a un termo qui tourne et un locro qui mijote. C'est comme ça, on n'y peut rien.
Le 25 mai, même à 11 000 km, t'es Argentin.
Ce qui s'est passé le 25 mai 1810
Buenos Aires, 1810. L'Espagne est à genoux — Napoléon a envahi la péninsule, le roi est prisonnier. De l'autre côté de l'Atlantique, dans la Vice-royauté du Río de la Plata, des hommes se réunissent au Cabildo, la mairie de Buenos Aires. Ils n'en peuvent plus.
Après une semaine de débats, ils tranchent : ils ne reconnaissent plus l'autorité espagnole et forment leur propre gouvernement, la Primera Junta. Ce n'est pas encore l'indépendance officielle — celle-là viendra six ans plus tard, le 9 juillet 1816, à Tucumán, chez moi. Mais c'est le 25 mai que l'Argentine commence à exister.
Pas une bataille. Pas un coup de canon. Une réunion, un vote, et un peuple qui dit : basta.
Comment on vit ce jour-là
En Argentine, le 25 mai, tout s'arrête. Les enfants vont à l'école pour le défilé avec la escarapela sur la poitrine — un nœud bleu et blanc, notre cocarde. Ma grand-mère me la cousait elle-même la veille au soir, et le lendemain je la portais comme un trésor.
À midi, la famille se réunit autour du locro — un ragoût épais à base de maïs blanc, de haricots, de courge et de viande, un plat qui vient des peuples originaires et qui mijote depuis la veille. Ça réchauffe l'âme autant que le ventre.
Avec ça, des empanadas faites à la main — les vraies, pas celles qu'on trouve sous vide ici. Et pour finir, des pastelitos : feuilletés au coing ou à la patate douce, dorés au four, saupoudrés de sucre. Mon père les faisait à la perfection.
Et au milieu de tout ça, le mate
Le mate, c'est l'objet qui ne part pas de la table. Toute la journée, le termo se remplit et se vide. Une calebasse passe de main en main : l'oncle, la cousine, le voisin qui est venu manger.
Le mate, c'est ce qu'il y a de plus argentin — plus que le tango, plus que le foot, plus que le bœuf. Et le 25 mai, partager un mate avec ta famille, c'est partager exactement ce que les hommes du Cabildo ont défendu il y a deux siècles : une identité qui nous appartient.
Une calebasse, une bombilla, une yerba de Misiones — et tu tiens entre tes mains plus de deux cents ans d'histoire.
Si tu veux célébrer avec nous
Tu n'as pas besoin d'être Argentin pour boire un mate le 25 mai. C'est même le meilleur jour pour comprendre ce que ce rituel a de spécial. Prends ta calebasse, prépare ton mate avec une yerba argentine, et pense à cette poignée de gens qui un matin de 1810 ont dit non.
De Tucumán à Nantes, je te souhaite un beau 25 mai.
— Gustavo 🧉